Témoignages

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Entrer en nidrâ

Je suis entré en Nidrâ Yoga avec André voici un peu plus d’un an. Avant cette rencontre, je me plaisais à dire que « je n’avais jamais cru au monde tel qu’on me l’avait raconté ». Fort de cette conviction, à l’origine d’un long voyage intérieur animé du pressentiment d’une réalité d’un autre ordre, j’errais à tâtons, collectant les différents indices comme autant de pièces d’un improbable puzzle dont j’ignorais tout, à commencer par ce qu’il était censé représenter. Évidemment, plus le bagage se fit lourd, plus mon espoir de pouvoir un jour l’assembler me semblait lointain. J’étais donc en quête du fil d’Ariane qui saurait me guider dans le labyrinthe de mes propres contradictions quand vint à moi le Nidrâ Yoga, un enseignement dont j’avais eu bon vent. Je me lançai donc dans l’aventure avec une attente forte qui avait la saveur dangereuse de l’espoir… Celui d’un chercheur d’or convaincu que ce nouveau filon sera le bon, espoir sans lequel il perdrait la force de creuser et l’envie d’approfondir.

Après avoir identifié le flux de mes pensées comme l’origine de bien des maux, je visais à juguler les débordements de cette activité mentale dont, je l’avoue volontiers, j’étais plus le jouet que le maître. Aussi, ma première rencontre avec l’Enseignement me prit à contre-pied, André nous invitant d’emblée au dialogue autour des Grands Mystères que sont le temps, la mort, le bonheur, etc. C’est ainsi que commence chaque séance, par un questionnement d’André qui tisse le fil de nos réponses en un lien puissant, un lien qui nous reconnecte avec cet Essentiel dont nous apprenons petit à petit à reconnaître le parfum. C’est donc en usant du sens et des définitions et en en découvrant les limites, que nous prenons conscience de la nature ineffable de nos expériences. Après avoir levé les voiles, nous mettons alors le cap vers l’Infini qui est aussi « ce qui ne pas défini » rappelle André. Et c’est par la sensation, par le corps, loin du champ des conditionnements mentaux, que nous partons à la découverte de nos limites et cherchons à en apprécier la vraie nature pour les dépasser. « Ce qui sépare est aussi ce qui relie » nous enseigne le Nidrâ Yoga.

A l’écoute de la voix du Maître, dans l’ouverture, nous laissons en nous monter une musique différente, le rythme intérieur se modifie et s’ouvrent les portes d’un état à la frontière entre l’abandon et la vigilance. C’est un quatrième état qui n’est pas le sommeil, ni la veille, ni le rêve, qui est tout cela à la fois, et plus encore. J’ignore la nature de ce qui agit dans cet état, mais Cela agit, bel et bien, Cela, je le vis au quotidien… Depuis le début de cette aventure, pas un jour sans qu’en moi je ne décèle et suive l’empreinte de son sillage. Aussi, il m’arrive de penser que le Nidrâ, plus qu’une pratique, est en effet un état que l’on peut qualifier de « sommeil conscient » ; « sommeil » parce que ce qui est à l’œuvre n’affleure que rarement l’orée de ma conscience et « conscient » parce que je suis pourtant le témoin de ma propre transformation. Une transformation qui ne s’embarrasse guère de mots, je me risquerai tout au plus à reprendre l’image là où je l’avais laissée…

Armé de ses nouveaux outils, le chercheur d’or a creusé plus profond et, bien sûr, n’a pas trouvé la moindre pépite, tout au juste quelques pyrites, quelques illusions qui ont perdu leur éclat à la lumière du jour. Mais en chemin, il a appris à faire fi de son espoir, de son désespoir aussi, car en fouillant le tréfonds, c’est une source pure qui a jailli et coule désormais dans ses veines. Plus besoin d’or pour tuer une peur et en fabriquer de nouvelles, juste le bonheur de se désaltérer en buvant la vie ! Il entrevoit désormais cette aimable beauté qu’il porte en lui, il peut s’aimer à nouveau, habiter sa présence, et redécouvrir l’indicible saveur d’une existence, insupportable hier encore. Parfois, d’antiques émeraudes se rappellent à son souvenir murmurant «Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas » et inversement ; il acquiesce alors et rajoute que ce qui est au-dehors n’est que le reflet du dedans, et vice-versa, car toute frontière n’est que vue de l’esprit. Du sommeil au Nidrâ, du Nidrâ au nadir, du nadir au zénith, du zénith à la joie, de vous à moi, non, il n’y a pas même un pas… Juste un entre-deux qu’il faut scruter pour comprendre que Deux n’existe pas ! Tout est déjà là, à portée de main, à fleur d’âme, et le seul voile qui vaille, c’est le conditionnement, un mirage réputé tenace mais qu’un coup de “troisième œil” bien placé suffit pourtant à dissiper !

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- CHRISTOPHE F.

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Ce que je sais du Nidrâ Yoga

Etre en recherche n’est jamais désintéressé. Lorsque j’ai commencé à aborder sérieusement les territoires de la spiritualité, je voulais changer de vie ! Le plus souvent les raisons qui nous poussent à la conquête d’horizons nouveaux sont douloureuses. C’est pour tenter de fuir ou d’accepter cette douleur -qu’elle soit physique ou psychologique- que les gens ordinaires comme moi, entreprennent d’élargir les limites de leur moi devenu irrespirable et trop étroit. Ils ont besoin d’air frais, de grand air et surtout de « sens ». Chercher signifie souvent se mettre en quête de sens, car fuir en allant n’importe où serait de l’égarement, et accepter ce qui n’a aucun sens, tout bonnement irrecevable.

A l’époque, je m’intéressais aux rêves – j’ai toujours beaucoup rêvé- Après Freud, j’ouvris les bras à Jung, pour qui le sacré n’était pas une névrose mais une évolution raisonnable. Aussi quand je tombais par hasard sur cette petite annonce de Nidrâ Yoga « le yoga du sommeil et du rêve », je n’y vis pas seulement un clin d’œil du destin, mais une porte s’ouvrant sur la lumière. J’allais enfin comprendre le Sens de tout cela ; et si ce n’était pas l’Ultime, ce serait au moins celui de ma propre histoire. Les rêves allaient me révéler leurs messages, c’était certain : j’allais franchir un cap décisif ! A l’époque, je confondais beaucoup de choses, parce que j’en avais accumulées beaucoup. Je croyais que les signes du destin venaient de l’extérieur, que la recherche était une fouille archéologique. Je prenais les éclaircissements pour la Lumière. Et puis, j’étais ravie de reprendre une activité physique, car il s’agissait de yoga, donc d’exercice…

Quelle ne fût pas ma déception et mon désarroi, lorsque, dès la toute première séance, l’instructeur (cet inconnu à qui j’avais sûrement quelque chose à apprendre, car question rêve, il ne faut pas m’en compter !) me dit calmement que nous n’étions pas là pour analyser quoi que ce soit et encore moins les rêves, et que, ce qui nous intéressait était davantage l’absence d’imagerie puisque cette imagerie quelle qu’en soit l’intensité ou la qualité, restait le produit de notre mental agité. Rude coup porté à mon enthousiasme débordant, d’autant plus, qu’il nous demanda sur-le-champ de nous allonger sans bouger pendant deux heures et demie ! Comble de tout, après avoir énuméré notre anatomie, il entreprit de nous guider dans une suite de visualisations qui n’était, vous serez d’accord avec moi, qu’une suite d’images mentales bien moins intéressantes que le plus banal des plus banal des rêves !… Il conclut la journée en nous annonçant qu’il ne donnerait plus de cours dans cette ville. Si nous souhaitions poursuivre l’enseignement il nous faudrait désormais parcourir les 600 kms aller et retour nous séparant du prochain lieu de rendez-vous. C’est à ce moment là que je compris que le « sens » de notre vie n’est que celui que l’on se donne. Je pris donc l’autoroute de Toulouse, pensant toujours être guidée par une main invisible qui assurément ne voulait que mon bien, en même temps qu’elle éprouvait ma ténacité sur la voie. Mon sentiment à propos du Nidrâ yoga évolua peu à peu. Il évolua de façon inédite. J’arrêtais quasiment de rêver, je ne pris même plus la peine de noter les pauvres rêves qui osaient encore se présenter. Je cessais d’engranger des informations et de m’affairer à la nécessité de comprendre le pourquoi du comment. Il se passa une chose extraordinaire, la chose même qui fait l’ordinaire du Nidrâ Yoga : je me détendis. Dans cette détente profonde naquit une ouverture, une ouverture ne demandant ni à être comblée, ni à être comprise, ni quoi que ce soit. Une ouverture n’ayant pas de centre, une trouée n’éclairant rien mais répandant partout sa lumière.

Quand nous n’étions pas allongés absorbés à l’abolition de toute sensation d’intérieur et d’extérieur, l’instructeur nous parlait. Je finis tout de même par réaliser qu’il ne parlait pas, mais qu’il enseignait, qu’il transmettait, et que dans l’écoute même de ce message pouvait poindre et grandir cette ouverture porteuse de lumière. Par lui, nous n’étions pas seulement des êtres entrevoyant la non-séparation, nous étions également reliés aux voix venues de la nuit des temps. Alors, arriva un temps, où je perdis de vue les motivations qui m’avaient autrefois conduite jusque là ; elles étaient devenues fades et lointaines. Je perdis de vue Freud, Jung et les autres, les évènements de cette vie auxquels, par crispation, il m’avait fallu trouver un sens. Tout cela se détacha de moi comme les feuilles d’un arbre, l’automne venu. La détente est un délice pour le débutant qui n’a pas conscience qu’il glisse vers les flammes de l’enfer, car c’est dans ce relâchement (et grâce à lui) qu’apparaît l’intensité de nos tensions. Ces tensions, nous les avons stockées dans notre corps tout au long de notre histoire personnelle et avons fini par les oublier. Soudain il m’apparut bien prétentieux d’avoir pu croire que le sens de notre vie était celui que nous nous donnions. Il devint évident qu’avoir pu, un jour, faire un choix, était un leurre, conditionnés que nous étions par les traumatismes de notre passé (et tout le reste). Libérées par la détente, toutes les vieilles douleurs se réveillent, bougent et remontent à la surface. Lorsqu’il se met en marche, le passé ne soulève pas des semelles, mais un entrelacs de racines faisant de chaque pas un arrachement. Le maître – n’étant plus cet inconnu à qui on a sûrement quelque chose à apprendre, mais le seul ami capable de nous aider – dit sereinement : ne bougez pas, laissez passer le passé et regardez, observez, soyez attentif. Et parce qu’on a pas d’autre choix (à par celui toujours possible de claquer la porte) on laisse grandir notre confiance, sans savoir que cette confiance nous ne la faisons pas à un sage, ni même à l’enseignement qu’il transmet, ni même à dieu. Nous la faisons à rien. Absolument rien. Par le relâchement et la détente, la recherche se change en confiance en rien. Il n’y a pas à décortiquer intellectuellement, cela se produit dans le corps, presque à notre insu.

Si l’on me demandait aujourd’hui ce que je sais du Nidrâ Yoga, je répondrais avec sincérité : j’en connais la saveur, mais je ne puis la dire. J’en connais la lumière et l’espace, mais comment les décrire avec des mots ? Si vous insistiez encore un peu, je vous répondrais avec la même sincérité : Il s’agit d’une pratique sans pratique. D’une action qui s’accomplit dans la non-action. D’une détente dans l’attention. D’une attention dans la détente. Non, je n’ai pas changé de vie, j’ai simplement changé d’état.

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- Soma